Alors que je lui expliquais le résultat présenté dans ce billet, un ami me fit observer qu’une ellipse définit un “billard extérieur” et que tout triangle constitue ainsi une orbite fermée du billard extérieur associé à son ellipse de Steiner.
Voici deux autres exemples d’orbites fermées. Il s’agit de pentagones, l’un convexe, l’autre étoilé :
Quelles sont donc les orbites fermées des billards elliptiques, c’est-à-dire les polygones dont les côtés sont tangents à une ellipse en leur milieu?
La réponse est facile pour un cercle : se sont les polygones réguliers circonscrits à ce cercle.
Comme toute ellipse peut être appliquée sur un cercle par une affinité, on voit que les orbites fermées d’une ellipse sont les images par une transformation affine des polygones réguliers relatifs à une structure euclidienne arbitraire du plan. De plus, deux ellipses étant toujours images l’une de l’autre par une affinité, les orbites des billards elliptiques se répartissent en orbites du groupe affine agissant naturellement sur les polygones.
Comme la notion est affine, on aimerait une caractérisation affine de ces polygones, c’est-à-dire une caractérisation qui ne fasse référence à aucune structure euclidienne du plan affine.
Disons d’un polygone qu’il est affine régulier si la position relative d’un de ses sommets par rapport au triangle formé par les trois précédents(*) est la même pour tous les sommets. De façon plus précise : il existe des nombres dont la somme vaut
et tels que si
sont des sommets consécutifs du polygone, on a
Par exemple, les quadrilatères affines réguliers sont les parallélogrammes.
En effet, pour un tel quadrilatère , on doit avoir
On tire de là l’égalité . Elle nous donne les équations
desquelles on déduit immédiatement que et
. Ainsi
et est un parallélogramme(**).
On peut toujours trouver une structure euclidienne du plan d’un parallélogramme qui en fasse un carré. Dès lors, les parallélogrammes sont les orbites fermées à quatre sommets des billards extérieurs elliptiques.
Plus généralement
Les polygones affines réguliers sont les orbites fermées des billards extérieurs elliptiques. Ils sont tous inscriptibles dans une ellipse.
Voyons une manière de le prouver.
Les polygones réguliers pour une structure euclidienne donnée sont, bien entendu, affines réguliers et inscriptibles dans des ellipses. Ces propriétés étant invariantes par affinité, il nous reste à vérifier que tout polygone affine régulier est une orbite d’un billard extérieur elliptique.
Soit une énumération consécutive des sommets d’un tel polygone. L’affinité
de son plan qui applique respectivement
sur
applique chaque sommet du polygone sur le suivant, du fait qu’il est affine régulier.
En particulier, le centre de gravité
des en est un point fixe. De plus
est l’identité et, les
étant distincts,
n’est pas l’identité. Les valeurs propres de l’application linéaire associée à
sont donc une racine
-ième primitive de l’unité, c’est-à-dire une racine de la forme
où et
sont premiers entre eux, et son conjugué. Il existe donc un repère
du plan du polygone dans lequel
est représenté par l’application
Dès lors, considérant que la base est orthonormée pour un certain produit scalaire, et directe, on munit le plan d’une structure euclidienne orientée pour laquelle
est une rotation de centre
et pour laquelle le polygone
est régulier. Ceci achève la preuve de la propriété.
__________
(*) Pour un sens de parcours fixé une fois pour toute, lequel est indifférent.
(**) La réciproque est évidente.

